Pourquoi pas du féminin générique ?

A la suite des féministes matérialistes, certains courants féministes de la troisième vague utilisent le féminin générique. Cette pratique est issue du constat que la grammaire française repose sur des principes sexistes, lorsqu’elle confond les genres neutre et masculin, ou plus précisément lorsqu’elle consacre le genre grammatical masculin en genre neutre et le genre grammatical féminin en genre différent.

Pour y remédier, ces féministes ont décidé de construire un genre grammatical neutre qui ne soit ni masculin ni féminin. Ainsi, les mots qui n’auraient pas de personne genrée précise à laquelle s’accorder sont écris au masculin/neutre, auquel s’ajoute la terminaison du féminin en majuscules. On écrira donc « unE humainE », « unE instituteurICE », « quelqu’unE », … Avec quelques variantes selon les courants. A l’oral, cela revient en pratique à remplacer le neutre par le féminin.

Il ne s’agit bien sur pas d’une solution « idéale » dont le but serait à terme de remplacer la grammaire actuelle, mais simplement de la visibilisation d’une forme particulière de sexisme dans un outil du quotidien. Et non seulement le langage est un outil quotidien, mais il est également l’outil principal de notre réflexion et de la formalisation de nos théories, et de la construction de nos identités. Comment produire un discours féministe en utilisant un outil façonné par la classe dominante ?[1]

Cet exercice de style qu’est l’emploi du féminin générique s’est fait de plus en plus présent au sein des communautés lgbtqif. A tel point que certaines personnes ont décidé de l’employer un peu à toutes les sauces et pour parler d’un peu tout le monde. Or, en tant que personne trans, je passe une grande partie de mon temps à revendiquer un genre particulier, qui plus est masculin dans mon cas. C’est parce que ce féminin me hérisse le poil dans ma vie quotidienne, qu’il continue à me faire tiquer dans les milieux prétendument safe.

Voila pourquoi j’ai décidé de ne pas l’employer ici, bien que je sois persuadé qu’il s’agit d’une expérience formidablement enrichissante dans l’organisation de la vie en communauté.


[1] M. Wittig, La Marque du Genre, La Pensée Straight, Editions Amsterdam, Paris, 2007

 

 

 

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Un commentaire sur “Pourquoi pas du féminin générique ?

  1. Dans mon milieu, ce serait compliqué de passer au féminin générique. Beaucoup de personnes me demanderaient (sans doute à raison) en quoi c’est mieux d’utiliser un féminin plutôt qu’un masculin générique. Inégalité dans les deux sens, non ? Sans compter que personne ne comprendrait ce que je dis, ou après un quart d’heure d’explication systématique, ce qui entraverait légèrement la discussion. Du coup, je me contente d’utiliser un maximum « ils et elles », à l’écrit comme à l’oral. J’évite autant que je peux les raccourcis type « les médecins, ils … », « les ministres, ils … », etc. Dans mon langage j’essaie toujours de me rappeler qu’un être humain sur deux est une femme. Ça parait bête mais bien que je sois une fille, dès que je parlais d’une personne inconnue, non définie ou théorique, j’utilisais le masculin. Du coup j’avais l’impression d’évoluer dans un univers uniquement peuplé d’hommes… Et d’être un ovni …

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