Je suis riche et j’assume.

Je suis né dans une famille blanche et bourgeoise. Mes parents ont des thunes et j’en profite bien, puisqu’ils me paient des études, un appart et de l’argent de poche.

Tout cela fait que j’ai été éduqué comme une personne riche, c’est-à-dire que quand je pars sur les routes « à l’aventure », je sais que je peux toujours me payer un billet de train ou une chambre d’hôtel si quelque chose déraille. De fait, on ne prend pas les mêmes risques quand on a des revenus différents. Cela me permet également de trouver « normal » de payer un café plus de 5€ dans certains endroits, parce que c’est issu du commerce équitable, que c’est en plein centre de Paris, … Et par-dessus tout, je n’ai pas besoin de travailler. Je suis donc libre de me prélasser sur mon fauteuil toute la journée. (Parce qu’il ne faut pas croire que les étudiants révisent, ils font seulement semblant).

D’un point de vue militant, c’est quelque chose de très intéressant, parce que ça me permet de voyager pour rencontrer des gens et monter des projets, je peux donner de mon temps dans des associations trop chouettes, j’ai les formations nécessaires pour apporter un soutien administratif et financier, …

Malheureusement, il m’arrive aussi d’avoir des réflexes de personne bourgeoise. Par exemple de proposer à des potes d’aller se faire une bouffe, sans réfléchir que certains n’en auront pas les moyens. Ou encore de partir en vacances au soleil et de rentrer exhiber mon superbe bronzage devant ceux qui triment pour joindre les deux bouts.

A force de réfléchir sur le fait que effectivement je suis plus riche et de me prendre des réflexions comme quoi tel ou tel comportement que je peux avoir est un réflexe de dominant, j’ai fini par avoir honte de ce que j’étais. C’est-à-dire, n’inviter jamais personne chez moi de peur que mon appart’ soit plus grand que le leur, justifier mes études systématiquement en rappelant qu’elles sont vraiment très utiles dans les assos, … Je me suis senti coupable pendant longtemps d’être né là où je suis né. J’avais le sentiment que, quelque soit le niveau de déconstruction de mon éducation que je pourrai atteindre, je ne serai jamais du même côté de la barrière que les autres.

Et puis, à force de regarder autour de moi, j’ai fini par me rendre compte que la plupart des super militants trop oppressés tout autour de moi, étaient aussi étudiants dans de grandes écoles, propriétaires d’apparts dur Paris, participants à des rencontres anarcho-queer à travers tout l’occident,… Et notamment ceux qui me reprochaient en premier d’être riche.

Je dis bien « me reprochaient d’être riche », et non pas « d’avoir des comportements acquis dans un système de références bourgeois ». De la même manière que la première pierre de la construction de son identité et l’affirmation de soi passe part arrêter de s’excuser en permanence d’être trans, gouine, pédé, noir, … je refuse d’avoir à justifier de ce que je suis de facto, de là où je suis né ou des choix que j’ai fait parce que j’avais l’opportunité de les faire.

Bénéficier de privilèges parce qu’on vient d’un certain milieu et que l’on vit dans un système de hiérarchisation des classes sociales entre elles, n’est pas une tare. Profiter de son statut de dominant pour gagner plus de privilèges sur le dos d’une classe oppressée, c’est en revanche soutenir ce système de discriminations sociales. Déconstruire les attitudes et sentiments classistes qui nous ont été inculqués ne revient pas à s’écraser systématiquement et à se flageller continuellement pour expier la faute de nos ancêtres. Il s’agit de prendre conscience de nos privilèges sur les autres personnes et d’agir de manière déontologique.

C’est-à-dire de comprendre que lorsqu’on a plus de thunes on peut mettre plus de sous dans la boite à prix libre ; lorsqu’on a acquis un certain savoir, on peut le transmettre à d’autres ; lorsqu’on a un chouette salon, on peut le proposer pour des réunions, … Sans qu’il s’agisse d’un mode d’excuse perpétuel de sa condition, mais bien de la reconnaissance d’un état de fait qui est que mes dépenses peuvent se permettre d’êtres plus élastiques et spontanées que celles des autres.

Assumer, c’est aussi reconnaitre que l’argent que nous avons à notre disposition nous place à un certain niveau dans l’échelle sociale. Se voiler la face en faisant semblant d’être pauvre et en ne dépensant pas trop et pas trop ostensiblement, ne sert qu’à reculer l’analyse de nos privilèges. Comment se déconstruire en tant que riche lorsqu’on fait semblant d’être pauvre ? Comment avoir un regard objectif sur ce qui nous entoure et ce que nous sommes lorsqu’on se ment à soi-même ?

Mais c’est aussi grâce aux opportunités que la thune nous donne, que nous pouvons aider la communauté à avancer. Par exemple en formulant et en relayant des théories sur l’oppression, ce qu’une personne non universitaire ne peut pas ou peu faire.

Cela revient à mettre ses compétences au service de la communauté, dans la limite de ses moyens, de son énergie et de ses envies. Vider son compte en banque au profit de Médecins Sans Frontière ne nous rendra pas meilleurs.

3 commentaires sur “Je suis riche et j’assume.

  1. J’aime bien ton article ! Je suis aussi en école de commerce et c’est vrai que la peur des fins de mois je n’ai encore jamais connu. Est-ce que tu pourrais nous faire un article sur la « déconstruction de l’éducation » (pas tout compris) et peut-être aussi sur la responsabilité des dominants (m’intéresserait d’avoir ton point de vue) ? Merci et bravo pour ton blog !

  2. Ton article est vraiment agréable et sympa à lire, seulement dire que les étudiants ne révisent pas et font semblants, je trouve ça pas très fin… M’enfin bon, je suppose que tu plaisantais lol à part ça je trouve que tu es réaliste sur la vie, ce que l’argent représente etc… Perso, je ne suis pas issue d’un milieu aisé et je sais que je vais devoir travailler dur pour atteindre mes objectifs, mais je suis contente de voir qu’il y a des gens comme toi qui ne pensent pas qu’avec leur argent, ça casse le stéréotype ridicule crée par certains du riche qui se fiche de tous les autres et qui ne pense qu’à lui. Bonne continuation!

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