Qui sont nos alliés ?

Lorsque l’on utilise le concept de communauté ou l’expérience de la non-mixité, il existe une question qui se pose systématiquement : qui sont nos alliés ? C’est-à-dire, quelles sont les personnes avec lesquelles j’ai une expérience, un objectif, une lutte en commun ?

Je me rappelle d’un après midi où, avec des amis gouines et / ou trans, nous étions allés boire un verre. Une personne que j’ai identifiée comme un homme cisgenre et hétérosexuel nous a rejoints. Il m’a été très difficile de l’accepter comme un « allié » dans nos discussions féministes. Jusqu’à ce qu’il s’out comme homme trans. Son discours, son attitude, son hétérosexualité, n’avaient pas changés, mais je me suis senti plus en sécurité.

A l’inverse, certaines personnes femmes, trans, homo, … me mettent a priori en confiance, mais ce sont leurs comportements et leurs discours qui me rendent mal à l’aise. Et je me sens parfois plus confortable avec des personnes hétéro, cisgenres, …

Je pense que la proximité de personnes qui partagent mon vécu et certaines de mes expériences me permet d’amorcer des réflexions sur nos identités, les rapports d’oppressions dont nous faisons partie, nos outils de luttes, … Mais l’identité ne se définit pas uniquement par l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Elle est aussi constituée de nos positionnements politiques, de nos débats intérieurs, …

Un ami m’a fait remarqué récemment qu’il n’était pas logique d’utiliser l’acronyme « lgbtqif[1]», car si lgbti représentent des orientations sexuelles / identités de genre, et donc des individus discriminés pour des états de fait, le « f » de féministe tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Pourtant, je pense qu’une personne soit lgbti soit f ne peut pas avoir sa place dans nos milieux.

Cela signifie que, au-delà d’un partage de vécus, il nos est également nécessaire de partager un certain positionnement, pour nous permettre de travailler ensemble, de construire des espaces « safes », et d’amorcer des réflexions et des discours politiques.

Cet été, les UEEH[2], un grand rassemblement « lgbtqif », organisent des assises pour se redéfinir. Je pense, et j’espère, que la question de notre non-mixité sera posée. Pour cela, nous devons également nous demander quel est notre but : est-ce de nous retrouver entre personnes de mêmes opinions politique pour mener des projets et des réflexions ensemble ? Est-ce de s’ouvrir à une plus grande diversité d’opinions et de débattre ensemble, et si oui, jusqu’à quel point ? Est-ce d’accueillir des personnes peu politisées ou ayant peu réfléchi sur ces questions pour leur permettre d’apprendre et de se renseigner ? Cela nous demande aussi de savoir si nous sommes prêts à débattre ensemble sur des oppositions très fortes et à nous remettre parfois en question, à répondre patiemment à des questions que nous jugeons parfois stupides, parfois inappropriées, à accepter que des personnes puissent faire des erreurs et à leur laisser une chance de s’améliorer.

Définir une non-mixité, c’est aussi définir un certain vocabulaire pour nous désigner. Par exemple, nous n’avons pas forcément tous la même définition que ce qu’est le « queer », parce que nous en avons différentes expériences, parce que certaines personnes dont nous ne partageons pas les positionnements politiques se revendiquent queer, … De la même manière, il existe beaucoup de féminismes différents.

Définir une non-mixité, c’est aussi définir quelle sera la mixité à l’intérieur de cet espace. Avec qui partager les moments que nous vivons ? Avec qui avons-nous des choses en commun ? Quel espace donnons-nous aux personnes minorisées dans notre minorité (personnes racialisées, handicapées, …) ?

Je pense que les espaces de mixité et de non-mixité ne sont pas mutuellement exclusifs, qu’ils sont même complémentaires: nous avons besoin, selon les moments, selon les actions, selon les personnes, de différents espaces. Ces espaces ont des objectifs différents, et servent tous, à leur manière, notre communauté. Gardons à l’esprit que si nous voulons à la fois un espace mixte et un espace non-mixte, nous pouvons créer les deux. 🙂


[1] Lesbienne Gay Bi Trans Queer Intersexe Féministe

[2] Le site des UEEH: http://www.ueeh.net

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s