Les Shadocks, ces génies.

Ou de la coordination des luttes dans le milieu militant.

Je me suis dit, que j’allais essayer de faire un peu d’humour sur ce blog. Voila pourquoi aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler de ces oiseaux ronds à longues pattes et à la logique douteuse qu’on appelle les Shadocks. Et plus particulièrement de l’un de leurs proverbes :

 Pour qu'il y ai le moins de mécontents possible, il faut toujours taper sur les mêmes.

Alors me direz vous, quel est l’intérêt pour le Shadock qui tape de faire le moins de mécontents possible ? Tout simplement parce que si ces mécontents deviennent suffisamment nombreux, ils peuvent s’allier, et trouver ensemble les ressources nécessaires pour renverser le régime en place. Récemment, cela a été le cas lors des printemps arabes, qui ont montré que lorsque trop de gens se font taper dessus, cela devient dangereux pour ceux qui tapent (Kadhafi, Ben Ali, …).

A l’inverse, si l’on tape très fort, mais sur une minorité de la population, il est fort probable que ces personnes ne se révolteront pas, par manque de moyens, de ressources, d’impact sur l’opinion publique, … C’est ce que Hitler avait compris en tapant toujours sur les mêmes : les communautés juives, homosexuelles, handicapées, tziganes, … Ce n’est pas pour mettre fin à l’extermination de ces minorités que les Alliés ont planifié le débarquement sur les plages de Normandie, mais parce que les Allemands avaient commencé à s’approprier les ressources françaises (notamment les ressources humaines en faisant travailler les ouvriers français dans leurs usines) et donc à devenir un peu plus puissants dans l’équilibre économique et militaire mondial, et que ça, ça faisait mal un peu à tout le monde, surtout aux Américains.

Bon, on a atteint le point Godwin, on ne l’attendra plus…

En France, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, mais aussi sous l’influence sécuritaire des États-Unis ou du reste de l’Europe, on a vu fleurir tout un tas de lois ou projets de lois pour la protection des citoyens : fichage, vidéo-protection surveillance, mise sur écoute des télécommunications (notamment sur internet avec le dpi), …

Or, nul n’est besoin d’aller demander conseil au Professeur Shadocko pour se rendre compte que ces lois tapent sur beaucoup trop de gens en même temps. Pourtant, en France, point de mouvement #Occupy, point d’Indignés, … Les français seraient-ils malgré tout contents ?

Le problème de la résistance à ces lois liberticides et sécuritaires, c’est que, bien qu’elles tapent sur tout le monde, nous ne sommes pas habitués à lutter tous en même temps, ensemble. Par exemple, la minorité LGBT lutte activement contre le fichage (on se rappelle des manifestations anti-Edvige), notamment parce que le fait d’avoir été fichés dans le passé leur a fait du mal (cf le point Godwin précédent). La minorité hacker lutte activement contre la surveillance des télécommunications, liée à la neutralité des réseaux (voir les projets comme La Quadrature du Net, …). La minorité racisée lutte contre le flicage et les contrôles au faciès, … La minorité des travailleurs et travailleuses du sexe s’organise contre la répression (voir leur syndicat, le Strass).

Et au final, tout le monde se fait taper dessus, mais nous ne voyons que notre petit carré d’oppression, sans nous rendre compte que nous pourrions unir nos forces. Ou alors on s’en rend compte mais on ne va quand même pas leur parler parce que, faut pas déconner, on ne vient pas de la même communauté.

Les communautés de putes, d’homosexuels, de féministes et de libertaires ont commencé peu à peu à tisser des liens. A Lille notamment, alors que la communauté anarchiste était très sexiste et homophobe, des partenariats et des discussions entre le centre gay et lesbien, le centre culturel libertaire et les féministes radicales nous ont permis de créer un réseau associatif et militant plus fort et plus organisé, en s’éduquant et en apprenant les uns des autres. Bon, certes, il reste beaucoup d’homophobie et de sexisme chez les anars et beaucoup d’appréhension des punks à chien chez les LGBT, mais on a quand même fait beaucoup de progrès. Par exemple, on a vu se créer des brochures comme Monsieur Anarchiste » ou des slogans humoristiques comme « homophobes, bande de pédés », qui montrent le développement d’un discours construit sur ces problématiques de coordination des luttes.

Alors comment se fait-il que nous soyons si réticents à l’idée d’unir nos forces entre transpédégouines et hackers ? Certes, des choses se mettent en place peu à peu : Act Up avait signé la pétition de La Quadrature contre ACTA, mais plus par opposition au brevetage des poly-thérapies contre le sida que par réelle prise de conscience d’une nécessité de cohésion entre nos moyens d’action. À quand une réelle interaction, un projet global de rapprochement entre nos deux communautés ? Les transpédégouines ont beaucoup à apprendre des hackers : protection de la vie privée, notamment pour les personnes LGBT menacées (voir le travail de Télécomix pour aider les militants syriens ou libanais à s’exprimer anonymement), utilisation d’outils informatiques pour la transmission de l’information et du savoir dans un cadre d’éducation populaire (notion née du fait que si les LGBT ne veulent pas rester dépendants des personnels médicaux, ils doivent devenir les experts sur eux-mêmes), … Les hackers pourraient aussi apprendre beaucoup de notre communauté : lobbys différents et complémentaires, réflexions sur les normes d’apparence et de comportement et lutte contre les oppressions qui leurs sont liées, …

Ce texte est un peu un appel. Aux militants LGBT, transpédégouines et féministes d’une part : êtes-vous prêts à aller discuter avec des gens hors de votre communauté, à leur apprendre nos valeurs, à les écouter et à accepter leurs savoirs ? Aux militants hackers d’autre part : êtes-vous prêts à venir rencontrer nos pédales, nos butchs, nos travelos, à nous transmettre vos outils et vos expertises, à respecter nos valeurs ? Aux geeks et hackers transpédégouines enfin : êtes-vous prêts à participer au lien entre nos communautés, à nous aider à nous comprendre mutuellement ?

Sommes-nous prêts à militer ensemble, de manière complémentaire et non parallèle, comme si nous vivions dans deux mondes différents ?

Il ne suffit pas d’être beaucoup de mécontents pour renverser la situation ; il faut aussi que nous prenions conscience les uns des autres, et que nous soyons alliés dans la lutte.

3 commentaires sur “Les Shadocks, ces génies.

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