Coming out, web 2.0 et lutte contre le VIH

A l’occasion du 1er décembre, voici un article sur la prévention contre le sida… Comment ça je suis en retard ? Non, c’est faux… :-p

Sur certains sites de rencontres, particulièrement des sites gays, il est désormais possible de renseigner son statut sérologique. En conséquence , il devient possible de rechercher des partenaires potentiels en filtrant selon différents critères, dont le statut sérologique. Qu’est-ce que cela implique en terme de déresponsabilisation et d’augmentation des risques de contamination ? En quoi cela peut-il être source d’empowerment pour les personnes séropositives ? Enfin, n’est-ce pas là une piste de réflexion pour de futures campagnes de prévention ?

Déresponsabilisation et risques de transmission du virus.

On voit assez immédiatement la dangerosité de ces sites de rencontres. En choisissant un partenaire séronégatif pour ne pas avoir à se protéger, comment être sûr que ses tests sont à jour ou que cette personne n’a pas menti pour échapper à une certaine stigmatisation ? Lorsqu’on est séropositif, et que l’on choisit un partenaire également séropositif pour ne pas avoir à se protéger soi-même ni son partenaire, comment évaluer les risques de sur-contamination ? Et dans tous les cas de rapports sexuels non protégés, connaître le statut sérologique de son partenaire n’exclut pas les risques de contamination par d’autres MST comme les hépatites.

Si l’objectif de ces sites de rencontres est de faciliter les discussions sur la protection ou non d’un rapport sexuel, cette approche n’est-elle pas réductrice de la complexité des risques liés aux rapports non protégés ? Et ne permet-elle pas l’occultation d’une discussion nécessaire et une certaine déresponsabilisation face au virus ? On retrouve l’absence de discussion que l’on reprochait aux backrooms, avec notamment l’apparition du hanky code [1].

Quitte à simplifier le rapport à la prévention, et plutôt que de se donner des faux airs de sécurité, pourquoi ne pas clairement assumer que la méthode d’auto-déclaration du statut sérologique comporte trop de risques, et simplement poser la question des modes de prévention préférés par les partenaires, avec ou sans capote ?

Stigmatisation et visibilité

Au delà des risques de contamination liés à des rapports non protégés, on peut se demander ce que cela produit en terme de stigmatisation des individus séropositifs. D’une part sur le plan de la recherche de partenaires sexuels, mais aussi parce que leur profil est désormais lié à leur statut sérologique et peut se retrouver entre les mains de recruteurs, de compagnies d’assurance, …

Mais par ailleurs, la visibilisation des individus séropositifs ne peut elle pas être perçue comme un acte militant ? D’une part pour visibiliser la présence parfois oubliée du VIH dans notre communauté et pour lutter contre le silence et la mise au placard des personnes séropositives, en utilisant le coming out comme méthode d’empowerment et d’affirmation de soi.

D’autre part, en étant identifiés et visibles comme individus séronégatifs, c’est également une opportunité de créer une sous communauté de personnes concernées par le VIH, qui peut devenir, dans une certaine mesure, une communauté d’auto-support, puisque cela permet de rencontrer des partenaires sensibilisés aux problématiques de vie avec le VIH, avec lesquels il est possible qu’une parole plus libre puisse s’instaurer.

Prévention et web 2.0

En dehors des problématiques de déresponsabilisation, la possibilité de renseigner son statut sérologique ne peut elle pas permettre aux personnes de se questionner sur leur statut, de faire le point sur leurs prises de risques et potentiellement de s’orienter vers un dépistage ? On pourrait même imaginer un système de publicité ciblée sur les personnes listées séronégatives en leur affichant les campagnes de dépistages permanentes ou ponctuelles les plus proches de leur lieu de vie, généralement renseigné sur ce genre de site.

Avec tous les outils technologiques utilisés aujourd’hui, n’est-il pas temps de passer à des campagnes de prévention 2.0, basées sur les outils actuels ? Les campagnes de prévention se sont basées par le passé sur les techniques de marketing des grandes entreprises. Pourquoi n’y a-t-il pas encore une application Android pour calculer sa prise de risque ? Une autre pour géolocaliser le distributeur de capotes le plus proche ? Ou un jeu en flash ou html 5 pour créer un mélange de virus, et essayer de trouver un traitement en moins de X pilules, avec moins de X effets secondaires, X variant en fonction du niveau de difficulté ? (Comment ça c’est glauque ?)

Les associations de lutte contre le VIH semblent vieillir : les militants sont presque les mêmes depuis 20 ans, les campagnes de prévention n’ont presque pas évoluées (manifestations, stands, affiches, …). Elles ne sont clairement pas un sujet « fashion », mais l’ont-elles jamais été ?

Dans les années 1990, elles avaient au moins l’avantage d’être des espaces communautaires LGBT. Mais aujourd’hui, il est presque communément admis que le VIH, c’est pas un truc de pédé, mais que ça concerne tout le monde, alors même que les gays ont 60 fois plus de risque d’être contaminés que les hétéros [2]. La plupart des jeunes actifs dans la communauté, ceux qui n’ont pas connu les « années sida », pensent qu’il est devenu facile de vivre avec le VIH, sans comprendre le poids que représentent les prises de pilules quotidiennes, la peur des moindres maladies bénignes, décuplées par l’immunodéficience et qui peuvent se transformer en cauchemars de dosages médicamenteux et d’effets secondaires, la culpabilisation et la mise à l’écart par la société sur le plan sexuel comme en terme d’emploi, d’assurance, de relations familiales et amicales, …

Il faut redorer le blason des associations de prévention pour faire entendre leur voix, en utilisant tous les moyens à notre disposition. Utilisons les méthodes qui ont fait leurs preuves en terme de promotion de produits ou de comportements. Surfons sur la vague technologique des iPhones, 4chan, nyan cats et autres objets viraux pour afficher notre message.

Et comme les mots, c’est bien joli mais que ça ne suffit pas, on va ptet essayer de lancer des campagnes en ligne un peu plus approfondies avec des gens d’Act Up New York. \o/


[1]Hanky code sur Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Handkerchief_code [en]

[2]Sur la recherche de respectabilité des LGBT par la mise au placard des séropos, voir John-Manuel Andriote Reclaiming HIV as a ‘Gay’ diseasehttp://www.glreview.com/article.php?articleid=1449 [en]

Un commentaire sur “Coming out, web 2.0 et lutte contre le VIH

  1. Bonjour,

    Cet article est interessant et pointe le doigt sur un sujet trés particulier.
    J’aime assez son esprit et sa tourure générale, pourtant certaine chose m’on fait littéralement bondir.

    Je ne connaissais pas la possibilité de déclarer sa séropositivité sur les sites de rencontre homo, je trouve ça proprement ahurissant.
    L’utopie sous-jacente, j’imagine, est de permettre une acceptation de la maladie et d’aider les malades en reconnassant leur status singulier. L’idée est aussi, je suppose, de permettre un meilleure prévention.
    Nous savons tous que ce n’est pas comme ça que fonctionne le monde, malheureusement et que donc ce genre de pratique est plus problématique qu’autre chose.

    Ceci dit faire de ce problème une abération communautaire qui trouve son origine dans une soit disante fause bonne idée c’est se fourrer le doigt gauche dans l’oeil jusqu’à l’épaule droite.

    Les homoséxuels ne sont pas les seuls concernés par ce type de problèmes qui est en réalité le fait que les gens en général ne connaissent pas les outils qu’ils utilisent et qu’ils considère que leurs ordinateurs sont une extention de leur domicile, donc une zone de confiance.
    Hors c’est tout le contraire.

    Tout ce qui est numérique est invérifiable par nature, un status, un mail, une identité ou une séropositivité.
    Et la solution n’est pas dans la censure, même si le danger posé par la pratique que tu décris est évident, la solution réside bien dans l’éducation des populations à internet.

    En revanche tu sous-estime gravement l’aspect discriminatoire du procédé et la dangerosité de la constitution d’une telle base de donnée alors que, comme je le dis plus haut, trop de gens considèrent internet et à plus forte raison des sites étiquetés communautaires comme un lieu de confiance.

    Ne nous leurrons pas, si dans les grandes ville l’homosexualité est acceptée ou au moins tolérée, il n’en va pas de même sur le reste du térritoire et l’avenir sombre qui est le notre promet de grande période de tention intercommunautaire.
    Alors même que le VIH est toujours considéré par une majorité de la population comme une maladie homoséxuelle, il est inconsidéré de créer ce genre de bases de données, certains pourraient vouloir trouver une solution finale à la solution.
    ( le point godwin n’est pas de trop je pense)

    Bref, bon billet de manière générale, j’ai juste ajouté mon point de vue pour aider ta réflexion. 😉

    ( et oui les associations qui luttent contre le VIH devraient se servir du web, elles ont besoins d’aide pour ce faire. 😉 )

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