Mort de Leslie Feinberg, auteur·e de Transgender Warriors

Leslie Feinberg, blanc·he anti-raciste, de classe ouvrière, de culture juive, transgenre, lesbienne, communiste révolutionnaire et auteur·e de plusieurs livres, est décédé·e le 15 novembre, chez iel à Syracuse1.

Voilà quelques temps maintenant que j’ai entrepris de traduire un de ses livres, Transgender Warriors, en français. A travers ce livre, Leslie Feinberg fait partie des personnes qui m’ont fait comprendre que l’Histoire n’est pas qu’une succession de dates, mais le croisement et la succession des vies de personnes qui me ressemblent plus que je ne l’aurais cru. Et surtout que l’Histoire, comme toutes les sciences, peut être biaisée, interprétée, étouffée, lorsque la classe dominante la raconte, sous couvert d’objectivité.

Leslie Feinberg et moi n’avons pas grand chose en commun. Nous ne sommes pas issu·e·s de la même classe sociale, n’avons pas le même niveau d’étude, je ne suis ni juif, ni communiste et assez peu révolutionnaire. Mais nous sommes tou·te·s les deux trans et militant·e·s. Même si mes privilèges de classe m’empêchent de m’identifier à et de comprendre certaines des situations qu’iel a vécues et racontées, je lui suis grandement reconnaissant de m’avoir ouvert les yeux sur notre Histoire.

En racontant l’Histoire des trans, laissés pour compte et oubliés à tel point que nombreux sont ceux qui pensent que les trans n’existaient pas avant Christine Jorgensen2, voire avant Bambi3 et Coccinelle4, Leslie Feinberg nous dit deux choses. D’abord que nous existons et avons toujours existé, malgré les mythes hétéropatriarcaux naturalisant de la dualité des sexes et de la correspondance sexe /genre. Ensuite que le backlash transphobe est inhérent à nos sociétés patriarcales occidentales et qu’il nous traque depuis des siècles pour nous faire disparaître de la société et de son Histoire, jusqu’à ce que nous n’ayons jamais existé.

Leslie Feinberg m’a donné la joie et l’espoir d’appartenir à une communauté forte, nombreuse et diverse, mais aussi la rage de lutter pour nos droits bafoués depuis si longtemps. Nous, militant·e·s trans qui le·a survivons, reprenons le flambeau que Leslie Feinberg et tant d’autres avant nous ont porté pour défendre nos vies et nos identités.

Publicités

2 commentaires sur “Mort de Leslie Feinberg, auteur·e de Transgender Warriors

  1. Le premier paragraphe de l’article est choquant, en tant que personne non-binaire juivef je le réécris tel qu’il devrait être:
    «Leslie Feinberg, anti-raciste, de classe ouvrière, (culturellement) Juivef, transgenre, lesbienne, communiste révolutionnaire et autriceur de plusieurs livres, est décédé·e le 15 novembre, chez ellui à Syracuse»
    Étant membre des Juives et Juifs Révolutionnaires, je rappelle que nous avons pris position sur le sujet et qu’une personne juive n’est PAS blanc·he. À titre personnel je préfère mettre une majuscule à Juivef quand c’est un nom et pas un adjectif pour appuyer encore dessus parce que c’est jamais assez clair. J’ai cependant constaté sur l’article wikipedia que la personne se définissait comme blanc·he, même s’il ne me semble pas utile d’insister sur ce point…
    Ensuite en tant que personne non-binaire de genre neutre je rappelle que la féminisation des termes surtout pour des personnes non-binaires c’est soit avec un point médian en mettant le féminin en premier (pour des raisons féministes évidentes) soit de préférence toutes les fois où c’est possible en utilisant une combinaison du mot féminin et du mot masculin, toujours dans le même ordre, cela permet de créer des mots vraiment neutres et pas artificiellement bigenrés.
    Ensuite le terme «laïque» en français est un terme généralement utilisé de façon raciste, plus spécifiquement islamophobe et antisémite pour valoriser la culture chrétienne (et je défonce toute personne qui dira «judéo-chrétienne», ce terme est hautement antisémite) aux dépens des cultures juives et musulmanes en faisant passer ça pour de l’athéisme. Donc vous pouvez dire «Juivef non-religieuseux», «Juivef non pratiquant·e» (encore que ce terme n’a pas exactement le même sens), «Juivef athée»/«Juivef agnostique» (selon si la personne est athée ou agnostique), «de culture juive», «culturellement Juivef», etc. Mais PAS laïque, de toute façon c’est un terme républicain qui vient de la constitution française, on peut trouver plus à gauche politiquement pour parler d’une personne communiste révolutionnaire… D’autant que le terme utilisé est par la personne est «secular Jewish» dont la traduction la plus proche me semble être «de culture juive» ou «culturellement Juivef».
    Ensuite les accords de iel/ellui: grammaticalement les phrases suivantes sont correctes:
    Elle est sortie avec elle. Il est sorti avec lui. Iel est sorti·e avec ellui. Ielle est sorti·e avec ellui. Ol est sorti·e avec ol.
    Basez vous dessus pour faire vos accords.
    «En racontant l’Histoire des trans, laissés pour compte et oubliés»… Punaise on parle de personnes non-binaires et de meufs aussi, du coup en parler sans féminiser c’est n’importe quoi ! La phrase correcte serait «En racontant l’Histoire des trans, laissé·e·s pour compte et oublié·e·s»
    «mythes hétéropatriarcaux»… «mythes CIShétéropatriarcaux» en l’occurrence, on parle de personnes trans…
    «le·a» là je chipote mais je préfère «læ» ou au pire «la·e»
    Je précise que moi je comprends beaucoup mieux ce que dit Feinberg puisque je suis Juivef athée, trans non-binaire, bi-gouine, communiste révolutionnaire, prolétaire, etc

    1. Bonjour Rdl, et merci pour ton commentaire.

      Le premier paragraphe est largement tiré de l’article cité en bas de page dont je reproduis ici l’extrait :

      « Leslie Feinberg, who identified as an anti-racist white, working-class, secular Jewish, transgender, lesbian, female, revolutionary communist, died on November 15. »

      Comme cela est indiqué ici, et comme tu as pu le constater sur Wikipédia, Leslie Feinberg s’identifiait comme une personne blanche. Je comprends que certaines personnes, et notamment les Juives et Juifs Révolutionnaires que tu cites, prennent position sur ce sujet, mais je souhaite respecter avant tout l’auto-définition de Leslie Feinberg sur sa propre identité.

      Pour comprendre pourquoi L. Feinberg utilise cette identité, je t’invite à remettre celle-ci dans son contexte historique. Ses livres le montrent bien, son identité s’est construite il y a plusieurs décennies, puisque L. Feinberg cite les émeutes de Stonewall (1969) comme un des éléments fondateurs de son militantisme. Or à cette époque, les personnes juives ne sont pas nécessairement (auto-)identifiées comme personnes de couleur (PoC). Un texte beaucoup plus d’actualité dans le contexte de l’époque est par exemple le Discours sur le colonialisme, d’Aimé Césaire, publié d’abord en 1950 et réédité en 1955 qui analyse les différences (et les parallèles) entre nazisme et colonialisme comme justement une question de couleur de peau des victimes.

      En voici un extrait :
      « Ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. »
      http://www.larevuedesressources.org/IMG/pdf/CESAIRE.pdf

      Bien sûr, le contexte a changé. Bien sûr les théories politiques, les termes que nous utilisons ont changé. Si Leslie Feinberg devait avoir 20 ans aujourd’hui, son identité se définirait sans aucun doute avec des mots différents. Mais l’évolution de la langue et les réflexions qu’elle accompagne ne doivent pas effacer l’histoire des mots que nous employons et des identités / identifications que nous avons construites. L. Feinberg se définissait comme blanc·he, se positionnait ainsi dans ses luttes et analysait ses privilèges et ses oppressions à travers cet angle.

      Sur tes remarques concernant la grammaire genrée, je t’invite d’abord à prendre connaissance de la note de traduction que j’ai écrite quand j’ai commencé à traduire ce livre (en 2012 ! pfiou !) http://wp.me/p25Swv-1d. Cette traduction s’étalant sur plusieurs années, il y a de nombreuses incohérences, en particulier sur la grammaire qui change à peu près à chaque chapitre. Je suis évidemment ouvert à toute proposition de relecture et correction des textes traduits.

      La féminisation/neutralisation (?) de la grammaire et des pronoms personnels est un sujet très intéressant, et je te remercie de l’avoir abordé. C’est un sujet très complexe, en évolution constante et qui croise beaucoup d’arguments et beaucoup d’inventivité. Un jour, si j’ai le temps, j’aimerais consacrer un article entier sur les différentes options qui ont pu être expérimentées et les débats qu’elles ont créés et créent encore aujourd’hui.

      Pour ce qui est du terme « laïque », le contexte français porte bien-sûr à confusion, et je te remercie d’avoir proposé une formulation plus claire. Le texte a été modifié en ce sens. (pour info j’utilise généralement ce site : http://www.wordreference.com/enfr/secular, si tu as le temps / l’énergie de les contacter pour améliorer leurs trads, ça peut être utile).

      Concernant la distinction hétéropatriarcat / cishétéropatriarcat, je ne suis pas certain qu’elle soit pertinente. En effet, le terme hétéropatriarcat désigne un système de valeur qui, à chaque personne, attribue un alignement de sexe/genre/sexualité/apparence, ainsi que les différents rapports de pouvoir qui en découlent et manières de conserver ces rapports de pouvoir. L’hétéropatriarcat, tel que défini et théorisé par les féministes depuis la 2ème vague, est donc intrinsèquement, par définition, transphobe. Puisqu’on ne pourrait évidemment pas parler de « transhétéropatriarcat », je ne vois pas l’intérêt de complexifier un terme, qui a déjà eu tant de mal à passer dans le language commun, pour dire exactement la même chose.

      Enfin, je précise que moi je comprends beaucoup mieux ce que dit Feinberg puisque j’ai lu, relu et en partie traduit ses bouquins. Et franchement, la position située si c’est pas pour apporter une analyse pertinente et construite sur un vécu, je vois pas très bien à quoi ça sert. Leslie Feinberg est né·e des décennies avant toi, sur un autre continent, dans un contexte qui n’avait rien à voir avec le contexte actuel (guerre froide, McCarthysme, 41 ans avant le Queer Nation…). Je ne vois pas très bien ce que ton identité vient faire là, à part pour faire joli et étaler ta collection de tokens.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s