Qui sont nos alliés ?

Lorsque l’on utilise le concept de communauté ou l’expérience de la non-mixité, il existe une question qui se pose systématiquement : qui sont nos alliés ? C’est-à-dire, quelles sont les personnes avec lesquelles j’ai une expérience, un objectif, une lutte en commun ?

Je me rappelle d’un après midi où, avec des amis gouines et / ou trans, nous étions allés boire un verre. Une personne que j’ai identifiée comme un homme cisgenre et hétérosexuel nous a rejoints. Il m’a été très difficile de l’accepter comme un « allié » dans nos discussions féministes. Jusqu’à ce qu’il s’out comme homme trans. Son discours, son attitude, son hétérosexualité, n’avaient pas changés, mais je me suis senti plus en sécurité.

A l’inverse, certaines personnes femmes, trans, homo, … me mettent a priori en confiance, mais ce sont leurs comportements et leurs discours qui me rendent mal à l’aise. Et je me sens parfois plus confortable avec des personnes hétéro, cisgenres, … Lire la suite « Qui sont nos alliés ? »

La notion de fierté.

Le débat sur la notion de ce qu’est la fierté de son identité revient généralement à l’occasion du printemps, lorsque les Gay Pride se mettent à fleurir un peu partout. En général, on rencontre toujours au moins un hétéro pour nous demander pourquoi on est fier d’être pédés ?

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Transgender Warriors

Dans le milieu transpédégouine, on entend souvent parler de Leslie Feinberg. C’est une personne américaine qui a écrit plusieurs livres sur les différences d’expressions de genre. Un de ses romans les plus connus s’appelle Stone Butch Blues, roman autobiographique dont on peut trouver des extraits traduits sur le net.

Leslie Feinberg ne se défini/e pas comme « il » ou « elle », et ne peut pas être défini/e en utilisant simplement les catégories de genre binaires employées dans nos société. C’est une figure emblématique des mouvements trans et queers, notamment par ses remises en question des normes de genre contraignantes de la société.

Il n’existe pas actuellement de traductions françaises de ses livres, à part des passages traduits bénévolement par des militants. De même, ses livres sont quasiment introuvables en France, en dehors d’internet.

J’ai mis la main sur l’un d’entre eux : Transgender Warriors, que j’ai trouvé vraiment très intéressant. Comme il ne me semble pas qu’il en existe une traduction quelque part, j’en ai commencé une. Pour cela, j’ai créé un nouvel onglet sur ce blog (en haut, à droite 🙂 ), où je publierai les chapitres au fur et à mesure de leur traduction.

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The Woman Identified Woman

Je vous avais parlé dans un article précédent du texte « The Woman Identified Woman« , publié en 1970 par les Radicalesbians aux US. Comme je n’avais pas trouvé de traduction en français, et parce que j’aime beaucoup ce texte, je l’ai traduit. Je ne sais pas trop quoi en faire, du coup, je vais vous le mettre ici. Le texte original en anglais est disponible ici: http://library.duke.edu/ubenstein/scriptorium/wlm/womid/

La Femme Identifiée Femme 

The Woman Identified Woman

par les radicalesbians

Qu’est-ce qu’une lesbienne ? Une lesbienne est la rage de toutes les femmes condensée jusqu’au point d’explosion. Lire la suite « The Woman Identified Woman »

Queer et féminisme.

On me demande souvent ce que c’est que le « queer ». Alors j’aimerais ici en donner une définition, la plus simple possible, du moins de ce qu’est le queer tel que je le comprends.

Pour moi, les théories queer commencent en France au milieu du XXème siècle, avec notamment, parmi les textes les plus connus, Le Deuxième Sexe de S. de Beauvoir, en 1949. L’idée la plus retenue de cette œuvre se résume dans la phrase :

« On ne nait pas femme, on le devient. »

Cette idée, avec les autres théories développées par exemple par Foucault, va partir aux États-Unis. Les féministes et théoriciens américains vont se la réapproprier de manière militante ou universitaire, avant de la réimporter en France sous le nom de « Queer Theories ».

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The Help – La Couleur des Sentiments.

J’ai récemment eu l’occasion de voir le film The Help, traduit en français sous le nom La Couleur des Sentiments. Je n’ai pas lu la nouvelle de laquelle est tiré le film, donc je ne peux pas faire la part de ce qui est dû au parti pris de l’auteur ou à celui du réalisateur. Néanmoins, j’ai trouvé ce film intéressant pour se pencher sur les privilèges blancs que nous avons intégrés, et essayer de se remettre un peu en question.

Pour faire un résumé rapide, il s’agit, dans les années 60, d’une femme blanche qui décide d’interviewer des bonnes noires et d’écrire un livre pour montrer aux autres blancs ce que c’est que d’être une femme noire employée comme bonne dans une famille blanche.

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Le rôle des occidentaux en Asie du Sud-Est.

A Noël, pour voir le soleil, de nombreux occidentaux passent leurs vacances en Thaïlande ou au Cambodge. Ils y vont pour le climat bien sur, mais aussi pour le coût de la vie et le dépaysement. Ainsi, on voit débarquer tous les ans à Phuket et à Pattaya des hordes de touristes blancs aux poches remplies de dollars qui viennent chercher de l’exotisme pas trop cher.

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Être une grande gueule.

Comment expliquer que, parfois, alors qu’une majorité des personnes présentes est en faveur d’une proposition A, il semble, vu de l’extérieur, que c’est l’inverse ? Pourquoi est-ce que, dans certains débats, ce sont toujours les mêmes personnes qui prennent la parole ?

Être une grande gueule, c’est aussi mettre en place un système d’oppression, dans lequel les personnes qui sont plus timides, ou dont les paroles sont moins éloquentes, sont systématiquement moins écoutées.

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Je suis riche et j’assume.

Je suis né dans une famille blanche et bourgeoise. Mes parents ont des thunes et j’en profite bien, puisqu’ils me paient des études, un appart et de l’argent de poche.

Tout cela fait que j’ai été éduqué comme une personne riche, c’est-à-dire que quand je pars sur les routes « à l’aventure », je sais que je peux toujours me payer un billet de train ou une chambre d’hôtel si quelque chose déraille. De fait, on ne prend pas les mêmes risques quand on a des revenus différents. Cela me permet également de trouver « normal » de payer un café plus de 5€ dans certains endroits, parce que c’est issu du commerce équitable, que c’est en plein centre de Paris, … Et par-dessus tout, je n’ai pas besoin de travailler. Je suis donc libre de me prélasser sur mon fauteuil toute la journée. (Parce qu’il ne faut pas croire que les étudiants révisent, ils font seulement semblant).

D’un point de vue militant, c’est quelque chose de très intéressant, parce que ça me permet de voyager pour rencontrer des gens et monter des projets, je peux donner de mon temps dans des associations trop chouettes, j’ai les formations nécessaires pour apporter un soutien administratif et financier, …

Malheureusement, il m’arrive aussi d’avoir des réflexes de personne bourgeoise. Par exemple de proposer à des potes d’aller se faire une bouffe, sans réfléchir que certains n’en auront pas les moyens. Ou encore de partir en vacances au soleil et de rentrer exhiber mon superbe bronzage devant ceux qui triment pour joindre les deux bouts.

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Pourquoi pas du féminin générique ?

A la suite des féministes matérialistes, certains courants féministes de la troisième vague utilisent le féminin générique. Cette pratique est issue du constat que la grammaire française repose sur des principes sexistes, lorsqu’elle confond les genres neutre et masculin, ou plus précisément lorsqu’elle consacre le genre grammatical masculin en genre neutre et le genre grammatical féminin en genre différent.

Pour y remédier, ces féministes ont décidé de construire un genre grammatical neutre qui ne soit ni masculin ni féminin. Ainsi, les mots qui n’auraient pas de personne genrée précise à laquelle s’accorder sont écris au masculin/neutre, auquel s’ajoute la terminaison du féminin en majuscules. On écrira donc « unE humainE », « unE instituteurICE », « quelqu’unE », … Avec quelques variantes selon les courants. A l’oral, cela revient en pratique à remplacer le neutre par le féminin.

Il ne s’agit bien sur pas d’une solution « idéale » dont le but serait à terme de remplacer la grammaire actuelle, mais simplement de la visibilisation d’une forme particulière de sexisme dans un outil du quotidien. Et non seulement le langage est un outil quotidien, mais il est également l’outil principal de notre réflexion et de la formalisation de nos théories, et de la construction de nos identités. Comment produire un discours féministe en utilisant un outil façonné par la classe dominante ?[1]

Cet exercice de style qu’est l’emploi du féminin générique s’est fait de plus en plus présent au sein des communautés lgbtqif. A tel point que certaines personnes ont décidé de l’employer un peu à toutes les sauces et pour parler d’un peu tout le monde. Or, en tant que personne trans, je passe une grande partie de mon temps à revendiquer un genre particulier, qui plus est masculin dans mon cas. C’est parce que ce féminin me hérisse le poil dans ma vie quotidienne, qu’il continue à me faire tiquer dans les milieux prétendument safe.

Voila pourquoi j’ai décidé de ne pas l’employer ici, bien que je sois persuadé qu’il s’agit d’une expérience formidablement enrichissante dans l’organisation de la vie en communauté.


[1] M. Wittig, La Marque du Genre, La Pensée Straight, Editions Amsterdam, Paris, 2007