La construction discursive d’identités « polysexuelles ».

Il ne faut pas avoir peur du titre, c’est un peu pour me la péter, parce que je trouve qu’il sonne vachement branlette intellectuelle. 🙂

Dans Trouble dans le genre[1], J. Butler montre l’existence d’une ligne sexe-genre-désir, basée sur le désir hétérosexuel et l’hétérosexualité obligatoire. C’est à dire que les  individus sont censés correspondre à une catégorie de sexe (mâle ou femelle), qui elle-même correspond à une catégorie de genre (homme ou femme), liée à un désir hétérosexuel, c’est à dire vers des individus de sexe/genre « opposé ». C’est le propre des théories queer, dans une visée de libération des corps et des identités, de lutter contre ce système hétéropatriarcal, défini par de nombreuses féministes.

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L’identité a-t-elle une valeur par défault?

Dans la communauté gamer, un débat est récemment apparu, à la suite de la sortie du trailer du prochain Lara Croft, dans laquelle l’héroïne est victime d’une tentative de viol. Plusieurs articles1 ont notamment été écris sur le sujet, et ont réveillé le débat sur le sexisme dans la communauté geek. Du coup, j’ai eu envie de publier ce texte que j’avais dans mes tiroirs depuis quelques temps. Il s’agit d’une réaction à des articles parus sur ce blog2.

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Pourquoi pas du féminin générique ?

A la suite des féministes matérialistes, certains courants féministes de la troisième vague utilisent le féminin générique. Cette pratique est issue du constat que la grammaire française repose sur des principes sexistes, lorsqu’elle confond les genres neutre et masculin, ou plus précisément lorsqu’elle consacre le genre grammatical masculin en genre neutre et le genre grammatical féminin en genre différent.

Pour y remédier, ces féministes ont décidé de construire un genre grammatical neutre qui ne soit ni masculin ni féminin. Ainsi, les mots qui n’auraient pas de personne genrée précise à laquelle s’accorder sont écris au masculin/neutre, auquel s’ajoute la terminaison du féminin en majuscules. On écrira donc « unE humainE », « unE instituteurICE », « quelqu’unE », … Avec quelques variantes selon les courants. A l’oral, cela revient en pratique à remplacer le neutre par le féminin.

Il ne s’agit bien sur pas d’une solution « idéale » dont le but serait à terme de remplacer la grammaire actuelle, mais simplement de la visibilisation d’une forme particulière de sexisme dans un outil du quotidien. Et non seulement le langage est un outil quotidien, mais il est également l’outil principal de notre réflexion et de la formalisation de nos théories, et de la construction de nos identités. Comment produire un discours féministe en utilisant un outil façonné par la classe dominante ?[1]

Cet exercice de style qu’est l’emploi du féminin générique s’est fait de plus en plus présent au sein des communautés lgbtqif. A tel point que certaines personnes ont décidé de l’employer un peu à toutes les sauces et pour parler d’un peu tout le monde. Or, en tant que personne trans, je passe une grande partie de mon temps à revendiquer un genre particulier, qui plus est masculin dans mon cas. C’est parce que ce féminin me hérisse le poil dans ma vie quotidienne, qu’il continue à me faire tiquer dans les milieux prétendument safe.

Voila pourquoi j’ai décidé de ne pas l’employer ici, bien que je sois persuadé qu’il s’agit d’une expérience formidablement enrichissante dans l’organisation de la vie en communauté.


[1] M. Wittig, La Marque du Genre, La Pensée Straight, Editions Amsterdam, Paris, 2007