Le mariage pour tous #oupas.

A la suite d’un article sur le blog des chroniques d’un nègre inverti, concernant entre autres les revendications du « mariage pour tous » et la dénonciation des mouvements intégrationnistes, voici un petit article sur le « mariage pour personne ».

Dans ce texte, j’emploierai la notion d’ « intégrationnistes » (plutôt que l’anglicisme « assimilationnistes », qui a une signification différente en français, comme expliqué dans l’article sus-cité), c’est à dire des personnes lgbt qui militent pour avoir accès aux mêmes droits que les personnes hétérosexuelles, sans remettre en cause le modèle hétéropatriarcal de notre société, mais au contraire en essayant de s’y conformer le plus possible. En gros, en essayant d’être « plus hétéros que les hétéros ».

Les intégrationnistes cherchent à se faire reconnaître par la société, en l’occurrence par les hétérosexuels. Ainsi, le mariage n’est-il pas, avant tout, la reconnaissance d’une relation particulière par l’État, institution symboliquement représentative de la société dans laquelle nous sommes?

Pour l’abolition du mariage.

Le point auquel je voulais répondre plus précisément, c’est: pourquoi n’existe-t-il pas de groupe « anti-mariage » en-dehors d’une remise en question de l’égalité homo-hétéro. <mode troll on> Déja en 2009 ou 2010, les Flamands Roses avaient organisé un atelier « désintégrons les intégrationnistes » aux UEEH, donc ces mouvements existent 😀 </mode troll off>

Le mariage est avant tout un symbole, sinon on pourrait aussi demander une « amélioration du pacs » ou un « mariage avec un autre nom », ce qui suivrait les recommandations / objections des discours de droite / religieux / réac / méchants / … Mais non, nous demandons bien de pouvoir nous marier. Le mariage est donc vu par les lgbt intégrationnistes comme un symbole d’égalité des droits et d’égalité de reconnaissance entre les hétéros et les homos.

Or, d’un point de vue féministe, le mariage est un tout autre symbole. Le mariage est le symbole misogyne de l’utilisation des femmes comme moyen d’échange entre les hommes, qui fonde la famille comme entité économique définie autour de l’homme. Cela s’illustre à travers l’ancien usage de la dot, qui fait de la femme l’élément d’un « package » de biens matériels échangés entre les hommes pour sceller des alliances; ou à travers l’usage encore contemporain de l’adoption par la femme du nom de son mari, marque de son appartenance: en changeant de nom, la femme passe de la famille de son père à celle de son mari. De plus, le travail de la femme, qu’il soit la tenue du foyer ou la reproduction est approprié par le mari: puisque la femme appartient au mari, alors son travail également, comme l’indique le fait que les enfants, bien qu’ayant été portés et généralement élevés par la femme, portent néanmoins le nom du père.

D’un point de vue laïc ensuite, le mariage est un symbole religieux. Le mariage civil a ainsi été créé par Napoléon, un homme qui s’est fait « sacrer » empereur par le Pape, sur le modèle du mariage chrétien catholique. Aujourd’hui encore, la communauté religieuse qui s’exprime le plus sur le droit ou le non droit au mariage, n’est-elle pas la communauté catholique? Et ce, parce qu’elle défend un symbole qui, malgré toutes les apparences qu’on peut lui donner, est issu des pratiques de l’Église, institution pas si féministe et pas si gay-friendly que ça. La séparation effective de l’Église et de l’État, c’est pour quand?

Voila pourquoi le mariage n’est pas souhaitable, ni pour les homos, ni pour les hétéros. L’égalité des droits ne devrait-elle pas se faire par l’abolition du mariage et la revendication d’un « pacs pour tous »? Une sorte de contrat qui reconnaîtrait différents types de relations (affectives, sexuelles, amicales, mono ou polygames, …) et permettrait d’obtenir des avantages (adoption facilitée, impôts, …) afin de permettre la création d’une « entité économique » alternative à la notion de « famille nucléaire ». Ou pas, c’est pas obligatoire.

Critiques de l’intégrationnisme.

Pourtant, ce que l’on reproche aux intégrationnistes, ce n’est pas leur militantisme pour une « égalité des droits » symbolique. C’est plutôt la multiplication des processus d’intégration qui impliquent la conformation aux systèmes de valeurs et aux modes de vie hétérosexuels, doublée d’un renforcement de ces valeurs, ce qui passe par une discrimination accrue de toutes les personnes qui ne seraient pas « suffisamment hétérosexuelles » (par leurs apparences, leurs comportements, leurs revendications, …)

La revendication pour le droit au mariage et pour le droit de vivre « comme les hétérosexuels » de manière plus large est nocive pour notre communauté car, bien qu’elle soit légitime (si tu veux te marier, c’est ton problème, je n’ai rien à redire), elle participe à l’invisibilisation des modes de vie alternatifs développés par des personnes en dehors ou à la marge de la société hétérosexuelle.

Ainsi, le mouvement queer, à travers sa critique de l’homosexualité « intégrationniste » ne s’attaque pas à des personnes qui voudraient vivre d’une certaine manière, ni à leurs luttes pour obtenir le droit de vivre ainsi, mais plutôt dénoncent les effets pervers de ces revendications, en ce qu’elles invisibilisent d’autres combats et renforcent les discriminations contre lesquelles nous avions commencé à lutter tous ensemble. (Rappelez-vous, Stonewall …)

Enfin, si des personnes souhaitent militer pour une reconnaissance de ce qu’elles sont par les institutions sociétales, grand bien leur fasse. Mais je refuse personnellement de militer pour un droit à la reconnaissance. Mon militantisme n’est pas une demande, c’est une affirmation: l’affirmation que nous existons et que leur morale ne pourra pas avoir raison de nous. Je ne pense pas que nous ayons besoin d’une reconnaissance ou d’une certaine autorisation donnée par les hétérosexuels pour pouvoir être ce que nous sommes. Nos vies n’ont pas besoin de leur approbation.

Un combat n’empêche pas l’autre. Notre lutte n’est pas contre leur combat, mais contre leurs injonctions à l’hétérosexualité obligatoire, réelle ou singée, qui viennent renforcer les normes hétérosexistes contre lesquelles nous nous battons. Ainsi, il n’existe pas forcément de mouvements « contre le mariage », mais il existe des mouvements queers contre l’injonction aux normes hétérosexuelles qui eux sont bien là.

Un commentaire sur “Le mariage pour tous #oupas.

  1. Salut p’tit lou ! merci pour ton feeback. j’avais une réponse trèèèès longue mais j’ai effacé alors je dirais que je crois au démentèlement progressif du mariage, afin qu’on arrive à ce que ce soit enfin une parenthèse dans l’histoire. Tu l’as dit toi-même, le mariage c’est l’échange des femmes entre hommes. Entre deux hommes et deux femmes, quelles femmes sont échangées avec quel homme ?

    Rien de ce qui n’existe n’a été fait pour les femmes (ni pour pour les non blancs en occident) du coup, il aurait fallu plutôt que de demander le droit de vote – par analogie – abolir la république qui s’est construire non pas seulement sans les femmes, mais « contre » elles, (une histoire ricaine a hyper bien bossé sur ce truc de la république construire pas « sans » les femmes, mais « contre » elles). L’acte de voter est le symbole de l’agenouillement des peuples envers les élites, de la construction d’un récit national blanc masculin hétéro et bourgeois. Alors plutôt que le droit de vote des étrangers, pourquoi pas l’abolition de la nationalité et des frontières ? Pourquoi ont-elles eu (les femmes), et pourquoi ont-ils (les étrangers) besoin de reconnaissance ? Je crois que le non besoin de la reconnaissance n’est pas une voie simple pour qu’une vie soit viable.

    Aussi, je ne vois pas bien en quoi il y aura moins de sexisme s’il n’y a pas de mariage, vu que le concubinage n’est pas plus un refuge pour les femmes que le contrat de mariage. Limite, en divorçant elles peuvent faire les connards les payer une pension.

    Après, que des personnes n’aient pas envie de militer pour je comprends.

    De mon point de vue, l’intégrationnisme serait le fait de se forcer à devenir hétéro, mais pas le fait d’amener les hétéros à se partager un bien qu’ils estiment exclusif à la supposée légitimé supérieure de leur orientation sexuelle. Pensons aux « états généraux de la famille » que demandent les gens de droite actuellement, pourquoi sont-ils si paniqués si c’est de l’intégration ?

    Il n’y a pas d’allant de soi entre la non hétérosexualité et la non monogamie, du coup dire « mode de vie hétérosexuel » et supposée en creux que le « mode de vie non hétéro » = revendication de non monogamie c’est une passerelle qui me gêne.

    Bon, pour finir cette réponse je dirais que pour moi demander aux homos de pas vouloir se marier, parce que ça pérenise les normes sexuelles, c’est comme dire aux trans de pas être binaire car ça pérénise les normes de genre.

    Bon, je vais dodo sinon je vais pas m’arrêter !!!!!
    Enormes bises à toi et encore merci de ta lecture, tes coms, et ton feedback !

    Bises à toi!

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